1# L’agriculture urbaine

Pour cette première conférence, Gaïa a reçu trois intervenants : Giulia Giacchè, coordinatrice Exp’AU Bureau d’expertise en agricultures urbaines , Charlyne Bézicot, micro-entrepreneure et jeune diplômée d’Agro ParisTech en agriculture urbaine ainsi que Baptiste Rousseau, porteur de projet chez Citizen Farm.

  • Giulia Giacchè

L’agriculture urbaine se distingue par la diversité des pratiques en présence. En effet, les utilités de l’agriculture urbaine peuvent varier (jardins partagés, jardin pédagogiques, fermes urbaines, …). De même, les acteurs, les modes de production, la distribution des fruits et légumes récoltés et les lieux sont multiples.
La diversité des formes de l’agriculture urbaine s’explique également par l’histoire de cette pratique : tout d’abord utilisée comme moyen de garantir la paix sociale, les jardins ouvriers sont devenus un enjeu de sécurité alimentaire durant les deux guerres mondiales, permettant de cultiver et de s’approvisionner au sein des espaces urbains. A partir des années 70, l’agriculture urbaine s’oriente vers une réappropriation des espaces avant de devenir un moyen de résilience. Cuba ou bien la ville de Détroit ont vu l’agriculture urbaine se développer à la suite de difficultés économiques.
Ces 100 dernières années, l’agriculture urbaine s’est plutôt développée sous une forme low tech et en ayant recours au bénévolat et inscrite dans une système d’échange non marchand ou qui repose sur des filières courtes sinon directes.

 1. La dimension sociale de l’agriculture urbaine

Au cours de ses voyages, Giulia a pu constater l’importance sociale de l’agriculture urbaine : garantir une alimentation saine, permettre une réappropriation de l’espace et de création des communautés de pratiques. La plupart du temps, les initiatives en matière d’agriculture urbaine sont mises en place par des acteurs intermédiaires.

2. La dimension économique

Giulia a pris l’exemple de la CAPS (Cooperativa Agricola di Promozione Sociale) pour illustrer la dimension économique de l’agriculture urbaine. En effet, l’objectif de cette coopérative était de définir un modèle de coproduction afin de réduire les risques économiques liés à la production. Les difficultés liées à la définition d’un modèle économique sont liées à la recherche d’un terrain, à la fidélisation des clients et à la recherche de main d’oeuvre disponibles ainsi que de moyens de distributions. La cooperative Arvaia à Bologna semble se présente comme un exemple plus abouti et une référence dans la construction de nouveau lien entre consommateur et agriculteur.
A Sao Paulo, l’Instituto Chao a pris le parti de vendre des produits issus de l’agriculture urbain sans faire de marge sur les ventes. La structure vit du don de ses clients.

3. La dimension environnementale

Les avantages de l’agriculture urbaine sont multiples : réduction des circuits de distribution et des îlots de chaleurs, création de nouvelles niches écologiques, … Néanmoins, cette dimension environnementale demeure encore mal évaluée. Le projet URBACLIM, coordonné par Agro ParisTech a pour objectif de définir des indicateurs pour améliorer la performance des entreprises évoluant dans le domaine de l’agriculture urbaine.
L’agriculture urbaine connait une forte évolution. En effet, les changements s’opèrent dans toutes les branches de cette pratique : on passe ainsi d’une pratique low tech à high tech. L’agriculture tend à s’institutionnaliser et devient une activité professionnelle débouchant sur un échange marchand.

4. Pistes de recherche

Compte tenu de ces évolutions, la recherche dans le domaine de l’agriculture urbaine développe de nouveaux axes de réflexion tels que la définition d’un cadre juridique afin de mieux ancrer l’agriculture urbaine dans les villes, la quantification de l’impact de l’agriculture urbaine sur les plans sociaux, économiques et environnementaux. Enfin, une meilleure compréhension des modèles économiques permettrait de mieux caractériser les pratiques de l’agriculture urbaine.
  • Charlyne Bézicot

Charlyne a découvert la notion de végétalisation des villes durant l’adolescence. Après un cursus en Agronomie et Environnement à AgroSupDijon, elle intègre le diplôme Agriculture urbaine à Agro ParisTech. Au cours de son parcours étudiant, Charlyne a effectué de nombreux stages qui lui ont permis de mieux définir ses attentes professionnelles.

1. De l’aquaponie à Sheffield

Charlyne a travaillé pour We Grow Social, association aquaponiste de Sheffield, pour mettre en place un système aquaponique. Ses missions concernaient aussi bien la gestion technique du système que la communication destinée à mettre en valeur ce projet. Première expérience dans le domaine, elle a pu mieux comprendre les enjeux existants.

2. La micro-ferme du Château de Nanterre

Charlyne a accompagné pour ce deuxième stage le Château de Nanterre dans la mise en place d’une activité maraichère. Il s’agissait à la fois de leur permettre une production suffisante pour fournir les cuisines du château et de créer des ateliers thérapeutiques à destination de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire.
Les missions concernant ce projet étaient vastes : elles touchaient aussi bien aux éléments techniques, qu’au montage économique et juridique de cette nouvelle activité. Comme lors de son expérience à Sheffield, Charlyne a remarqué la polyvalence nécessaire lorsque l’on évolue dans l’agriculture urbaine. S’il est nécessaire de maitriser les enjeux de production, il est indispensable de respecter les réglementations en vigueur et de bien respecter l’environnement juridique.

3. La mise en valeur de jardins thérapeutiques pour Terr’Happy

Dans un troisième projet, Charlyne a dû valoriser la production issus des jardins thérapeutiques mis en place par la société Terr’Happy. Encore une fois, les missions étaient aussi bien juridiques que techniques. Il s’agissait de choisir des aménagements qui permettraient de meilleurs rendements, de définir quel cadre réglementaire pourrait être appliqué et d’effectuer un ensemble de prévisions économiques.

4. L’analyse des réglementation agricoles applicables aux structures d’agriculture urbaine pour la DRIAAF Ile-de-France

Charlyne a étudié l’application des réglementations agricoles dans les projets d’agriculture urbaine en Île de France afin de comprendre leur adéquation ou non au contexte urbain. Cela a permis de mettre en place les discussions entre les acteurs de l’agriculture urbaine (notamment l’AFAUP) et les acteurs du monde agricole (notamment la DRIAAF, la MSA, le ministère…). Plus d’informations sur les réglementations existantes : http://driaaf.ile-de-france.agriculture.gouv.fr/…

5. Pourquoi avoir choisi le statut de micro-entrepreneur ?

A la sortie de son diplôme, Charlyne n’est malheureusement pas parvenue à trouver d’emploi et a décidé de prendre le statut de micro-entrepreneure pour participer à des projets, aussi bien bénévolement que sous forme de prestations. En effet, la plupart des structures pratiquant de l’agriculture urbaine ont des difficultés à embaucher. Le statut de micro-entrepreneur requiert un fort suivi administratif, ce qui peut décourager au premier abord. Néanmoins, ce statut apporte une grande diversité de possibilités d’action qui lui offre de nombreuses opportunités !

6. La mission pour les Cols Verts

Les Cols Verts développent un réseau national de collectifs agricoles locaux. Il en existe aujourd’hui 6 sur le territoire français (dont Montpellier, Valenciennes, Albi…), développement eux-même diverses formes d’agriculture urbaine. Ces actions locales sont conçues comme des leviers de sensibilisation et d’éducation aux enjeux environnementaux pour les urbains et s’adressent à quatre publics cibles : les quartiers prioritaires, les entreprises, les écoles et les particuliers. Charlyne est missionnée chez eux pour un appui au développement et à la duplication de ces actions.
Pour en savoir plus : http://www.lescolsverts.com/
  • Baptiste Rousseau

 

 

Chez CitizenFarm, les valeurs sont essentielles : nourrir mieux et nourrir plus proche. Il s’agit de répondre à un ensemble de problématiques telles que l’augmentation des populations urbaines et la diminution des terres arables. Les contraintes d’espaces, très présentes en ville, rendent nécessaire le développement de solutions alternatives.
CitizenFarm est une start-up toulousaine née en 2014 : Pierre, le fondateur a tout d’abord créé un ozarium qui permet de cultiver des plantes aromatiques. Cette solution repose sur le principe de l’aquaponie, mode de production qui repose sur un échange nutritif entre les poissons et les plantes. Il suffit de nourrir les poissons pour que ces derniers apportent les nutriments nécessaires aux plantes.
Par la suite, l’OïkoFarm a été créée à partir de deux conteneurs placés l’un sur l’autre (15m2) : la partie inférieure comporte les bacs avec les poissons ; la partie supérieure accueille les plantes, permettant une production de 20kg au m2. Cette installation présente l’avantage de pouvoir être visitée : cela permet une activité de sensibilisation. Citizen Farm a développé la plus grande ferme aquaponique d’Ile de France avec 137 m2 à la Porte de Clignancourt.
Deux éléments-clés de l’activité de Citizen Farm sont la production d’aliments sains et la pédagogie. Ainsi, les conteneurs peuvent être utilisés par des centres commerciaux, des promoteurs immobiliers ou bien des collectivités territoriales pour créer une animation mais aussi éduquer sur des questions d’agriculture urbaine. La dimension pédagogique est essentielle car le public n’est pas toujours convaincu que les produits issus de l’agriculture urbaine sont de qualité équivalente à ceux qui sont produits de manière plus classique.
Les avantages de l’aquaponie sont multiples : cette technique présente l’avantage de ne nécessiter aucun produit phytosanitaire. Les méthodes de permaculture utilisées permettent de protéger les plantes. En outre, la polyculture permet d’éviter la propagation des maladies aux plantes. L’agriculture urbaine permet également de réduire les circuits de distribution : par ce biais, les fruits et légumes cueillis le sont à pleine maturité. Outre la réduction de la pollution liée au transport, les qualités gustatives et nutritives des produits sont bien supérieures à celles de produits distribués sur des circuits plus longs.
Les pratiques liées à l’agriculture urbaine sont sans cesse en évolution. L’évolution de la réglementation en matière d’aquaponie permet, par exemple, à Citizen Farm de tester de nouvelles méthodes pour nourrir les poissons. La société souhaite en effet développer une nourriture élaborer à partir du compost issu des plantes cultivées : les lombrics présents dans le compost seraient donnés aux poissons.
Pour en savoir plus sur CitizenFarm : https://citizenfarm.fr/